Répétons-le : il ne faut surtout pas commencer des travaux d’efficacité énergétique par un changement de chaudière ou de pompe à chaleur. Il faut d’abord réduire les besoins.
Supposons que ce soit fait et que vous ayez besoin de changer votre source de chaleur pour une raison X. Vous allez voir une entreprise de chauffage qui va vous proposer un équipement d’une certaine puissance, disons un peu plus que votre source actuelle pour être sûr de ne pas se tromper. De toute façon, qui peut le plus peut le moins. Et il ne faudrait pas que votre source de chaleur fonctionne tout le temps à fond, ce ne serait pas très bon.
Dans un article précédent (ici), j’ai parlé de l’intérêt de relever les consommations avec une périodicité suffisamment faible. Voici ce à quoi cela peut servir. Je vais reprendre les données de F, qui se reconnaîtra. Il a une chaudière de 20 kW (sans modulation de puissance) qui est en train de lâcher. Nous avons extrait les données de son compteur Gazpar, donc juste des consommations journalières qui correspondent à ses plaques de cuisson, à la production d’eau chaude et au chauffage. Divisons ces consommations par 24, ce qui permet de calculer une puissance moyenne journalière.
Ensuite, sur 1 an, il faut classer ces puissances moyennes journalières et compter le nombre de fois où elles sont entre 0 et 0,2 kW, entre 0,2 et 0,4 kW, etc. Représentons le tout sur un graphique :

Pour interpréter ce graphique, il faut rester prudent car nous avons ici une puissance moyenne journalière, et pas horaire par exemple, ce qui permettrait d’être beaucoup plus précis. Par analogie avec ce que j’ai mesuré au travail, j’estime qu’il faut rajouter en gros 10 % de la puissance maximum (= 2 kW dans ce cas) pour passer des puissances moyennes journalières à des puissances moyennes horaires.
Donc, sur la moitié de l’année (niveau 50%), la chaudière ne sert à qu’à chauffer l’eau, avec une puissance horaire qui ne dépasse probablement guère les 4 kW. Ensuite, le chauffage se met en route, et la puissance moyenne journalière monte à environ 11 kW, donc peut-être 13 ou 14 kW de puissance moyenne horaire (pour un maximum à 20 kW, je rappelle). Attention encore, il n’y a qu’une seule année de données, et ce n’est peut-être pas l’hiver le plus froid.
Mais bon, en voyant ce graphique, que pensez-vous de la proposition de son chauffagiste sur une chaudière de 35 kW qui sait moduler jusqu’à 5 kW, et donc va passer au moins la moitié de l’année à fonctionner en on/off ?
Pour revenir sur les affirmations initiales :
– qui peut le plus peut le moins : oui, certes, mais surdimensionner pour créer du fonctionnement haché, cela n’a jamais été bon pour la mécanique, et pas davantage pour le rendement.
– il ne faudrait pas que votre source de chaleur fonctionne tout le temps à fond : pas d’inquiétude, il y a vraiment peu de risque que cela arrive.
Mais surtout :
– essayez d’avoir des données horaires, en gaz ou en chaleur (donc visez une précision de mesure à 0,1 kWh, au pire à 1 kWh)
– préparez votre changement de source de chaleur avec quelques années d’avance (pour essayer d’avoir quelques jours vraiment froids et évaluer au mieux le besoin dans ces cas « extrêmes »)
– oui la puissance maximum doit être assurée
– mais pendant quelque chose comme 99 % du temps, votre source de chaleur fonctionnera à charge partielle, donc c’est la capacité de votre source de chaleur à fonctionner à charge partielle qui va déterminer le rendement réel de votre installation en fonctionnement.
Le titre est évidemment une référence au marteau-pilon du Creusot, et si vous voulez en savoir plus, commencez donc par ceci : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marteau-pilon_du_Creusot.